Pourquoi reconnaître une frayère à truite ?

Pourquoi reconnaître une frayère à truite ?

20 mars 2020 1 Par Tom Court

 

Être un pêcheur moderne, ce n’est pas seulement prendre du poisson. C’est également être soucieux de l’environnement et connaître un minimum le poisson que l’on pêche. Se renseigner sur la période de reproduction, les zones de frai idéales, ou encore reconnaître une frayère pour mieux la préserver ! Et ce, quel que soit le poisson recherché. Dans cet article, nous allons étudier les grandes lignes de la reproduction chez la truite pour mieux la protéger. Nous allons surtout se poser la question : pourquoi reconnaître une frayère à truite ?

Je tiens avant tout à vous féliciter pour votre curiosité et votre volonté à préserver les milieux que vous pêchez. J’essaie à travers mes articles, d’initier une pêche moderne aux pêcheurs débutants et plus expérimentés. Avec notamment cette notion de protection des milieux et protection des poissons.

 

La reproduction chez la truite dans les grandes lignes

 

La reproduction chez la truite se déroule sur plusieurs mois. En effet, chez certains individus, elle peut débuter en octobre pour se terminer généralement en janvier, avec notamment un pic d’activité en décembre.

 

La frayère idéale

 

Plusieurs frayères observées sur ce spot !

Une zone ombragée à la profondeur adéquate !

La truite met en place une frayère qui assure la protection et la bonne oxygénation des œufs et des larves. Les frayères doivent regrouper plusieurs conditions pour représenter des endroits propices à la reproduction. En effet, elles doivent présenter :

 

  • Un substrat fin (galets de 2 à 8 centimètres de diamètre).
  • Un courant soutenu entre 30 et 60 centimètres/seconde. C’est le courant qui permettra l’oxygénation des œufs et donc leur non-colmatage.
  • Une profondeur entre 10 et 50 centimètres.

 

Avant la ponte, la truite prépare soigneusement la frayère en creusant une fosse où seront par la suite déposés les oeufs. On notera que, plus la truite est grosse, plus la profondeur de la fosse sera importante (jusqu’à 20 centimètres), et donc les oeufs seront mieux protégés des prédateurs et des crues importantes.

 

Ponte, incubation des oeufs et résorption du sac vitellin …

 

Arrivées à maturité, certains éléments naturels peuvent déclencher l’acte de reproduction chez la truite comme une baisse de la température après une météo douce et clémente. La truite expulse alors ses oeufs dans la fosse de la frayère, et le mâle n’a que 25 secondes pour féconder les oeufs en y parsemant sa laitance. On compte environ 2 000 oeufs par kilo de truite. Autrement dit, une truite de deux kilos, pourra pondre environ 4 000 oeufs. La femelle s’attelle ensuite à recouvrir les oeufs de galets en amont de la frayère pour les protéger des crues et des prédateurs. Pour cela, elle utilise sa nageoire caudale en la claquant sur le sol. Vous pouvez voir se super spectacle en vidéo en cliquant ici.

Les oeufs sont maintenant fécondés et enfouis dans le gravier, il faut désormais attendre 420 degrés x jour pour qu’ils éclosent et que des larves en sortent.

 

Mais que signifie 420 degrés x jour ? Voici un exemple pour mieux comprendre : dans une eau à 10 degrés, il faudra 42 jour pour arriver à l’éclosion. En effet, 10 x 42 = 420. Autre exemple, il faudra 60 jours dans une eau à 7 degrés pour que les larves éclosent. Car 60 x 7 = 420.

 

 Mais attention, là est le point fondamental oublié par de nombreux pêcheurs. Une seconde période dans la frayère a lieu après l’éclosion. En effet, la résorption de la vésicule vitelline (poche ventrale assurant l’alimentation de la larve) est maintenant nécessaire pour arriver jusqu’au stade d’alevin. Lors de cette résorption qui dure 300 degrés x jour, les larves sont encore très vulnérables et limitées dans leur déplacement. 

Ainsi, il faut compter au total 720 degrés x jour pour que les oeufs parviennent à leur état d’alevin et sortent de la frayère. Mais pour le pêcheur, cela signifie quoi exactement ?

 

Le pêcheur doit …

 

Savoir reconnaître une frayère à truite

 

De belles frayères à protéger.

Des frayères bien visibles par des tâches blanches. Photo prise mi-mars.

Nous savons désormais que les frayères représentent une zone de vie importante qu’il faut protéger et préserver. C’est en quelques sortes la nurserie des salmonidés. Les protéger, c’est donc indirectement mettre toutes les chances du côté des truites, pour une reproduction efficace avec des alevins nombreux et en bonne santé.

Les frayères ne sont pas difficiles à observer. Il faut juste être curieux et observateur. Elles se distinguent la plupart du temps par des tâches claires, rondes ou ovales dans le lit de la rivière. Comme si la rivière a été partiellement nettoyée. La taille de la frayère est proportionnelle à la taille du poisson. Allant d’une feuille A4 pour les truites de petits ruisseaux, jusqu’à plusieurs m² pour les plus grosses (supérieures à 60 centimètres).

 

Généralement, les coins qui présentent les conditions propices énumérées juste avant sont :

  • En tête de radier (partie d’une rivière sans profondeur sur laquelle l’eau coule rapidement).
  • Le long des bordures, parties extérieures du lit de la rivière.
  • Sur des grands plats au courant soutenu.

 

Pourquoi ?

 

La question fondamentale : pourquoi savoir reconnaître une frayère ? Et bien, tout simplement pour la préserver !

Voici un petit récapitulatif sous forme de tableau :

Température de l'eau (°C) Date de ponteIncubation des oeufsÉclosion des larvesRésorption du sac vitellinStade d'alevin
515 Novembre
-5 Février-5 Avril
815 Novembre-6 Janvier-12 Février
815 Janvier-7 Mars-13 Avril

Ce que l’on constate grâce à ce tableau, c’est que la température joue un rôle primordial dans la durée d’incubation des oeufs et la résorption du sac vitellin. En effet, plus l’eau est froide, plus cette période sera importante. On constate presque 2 mois de différence entre une eau à 5 degrés et l’autre à 8 degrés, alors que les oeufs ont bien été pondus le même jour.

Ce que l’on voit également, c’est qu’avec une ponte le 15 janvier dans une eau à 8 degrés, les alevins ne sortent de la frayère qu’à la mi-avril. Or, on sait que chaque année, l’ouverture truite est prévue pour le deuxième samedi de mars !

On peut donc en déduire que certaines frayères lors de l’ouverture truite sont encore des zones à protéger, car elles abritent les larves, encore peu mobiles. Les piétiner aurait un impact non-négligeable et gâcherait les dernières chances d’une reproduction déjà compromise naturellement (crues, sécheresse…).

 

Un comportement simple pour protéger les truites

 

Si vous voulez continuer la pêche de la truite, il faut aussi protéger ce poisson. Pour cela à l’ouverture, évitez de marcher dans l’eau avec des bottes, cuissardes, waders. Si vous êtes plus habitué, vous pouvez vous le permettre, mais regardez où vous mettez les pieds ! De manière générale, il est préférable de marcher sur la berge jusqu’à mi-avril. Il faut prendre conscience qu’il y a de la vie là-dessous. 🙂

 

Attention, je ne dis pas là que seuls les pêcheurs sont responsables du déclin des truites dans certains cours/plans d’eau. La présence de crues violentes en plein hiver se révèle catastrophique et assure une reproduction pauvre, voire inexistante. Les actions de l’Homme tels le drainage agricole, la verticalisation des berges, l’ajout ou le prélèvement de substrat jouent un rôle important dans l’inefficacité de la reproduction de la truite. Par exemple, d’une année à l’autre, il peut y avoir 10 fois plus de truites 0+ (truitelles de l’année), tout dépend de la présence de crues violentes et de nombreux autres facteurs comme la pollution. La reproduction chez la truite est donc confrontée directement aux éléments naturels, elle est donc aléatoire. Pour limiter les catastrophes, c’est à nous d’adopter le bon comportement. 🙂

 

Si tu as appris qu’il ne fallait pas marcher dans l’eau lors de l’ouverture, prends conscience que quelqu’un d’autre peut également l’apprendre ! Alors, il te suffit simplement de partager l’article pour que l’on adopte tous le bon comportement ! Connaître le fonctionnement biologique de l’espèce que l’on pêche est selon moi le minimum ! Encore bravo si tu lis ces dernières lignes, tu es un pêcheur soucieux de l’environnement. C’est bien ! 👍

Si tu as besoin d’une information supplémentaire, ou souhaites en apporter une, l’espace commentaire est juste en dessous !

À bientôt !

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