La maille inversée : on en pense quoi ?

La maille inversée : on en pense quoi ?

17 janvier 2020 0 Par Tom Court

 

En France, la règlementation actuelle ne permet pas de conserver des rivières et plans d’eaux poissonneux ! Prélever un brochet de 50 cm, c’est prélever un brochet qui rentre à peine dans son statut de bon reproducteur. Un bilan alarmant que l’on constate au quotidien. En effet, beaucoup de pêcheurs partent vers l’étranger ( Irlande, Suède … ) pour faire le plein de sensations fortes. Alors, pourquoi la France n’est pas l’une des premières destinations de pêche pour s’en prendre pleins les yeux… et la canne ? Car la règlementation est peu intelligente et est en plus mal appliquée !

La prise de conscience des pêcheurs sur la situation actuelle s’explique simplement. Des sorties de moins en moins poissonneuses et des bredouilles régulières. S’ajoute à cela, les nombreux débutants qui chaque année se lancent dans la pêche et se sentent vite démoralisés au vue de l’absence de poissons… Il faut donc faire bouger les choses en s’inspirant de nos voisins ! Mais comment ?

 

La maille inversée : c’est quoi ?

 

La maille inversée semble être une bonne réglementation pour la gestion de nos cours d’eau et rivières. C’est notamment un processus similaire qu’est utilisé en Irlande et qui porte ses fruits car les poissons sont en nombre et de belles tailles. Alors, pourquoi pas chez nous… Son principe est simple. Elle vise à protéger le poisson reproducteur qui assure la descendance en interdisant son prélèvement.

 

Oui mais, comment reconnaitre les bons reproducteurs ?

 

Reconnaitre les bons reproducteurs

 

Brochet

Un brochet de 60 cm apte à la reproduction.

Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour analyser la tranche d’âge/taille où le poisson est d’avantage apte à la reproduction. Contrairement à beaucoup de personnes, pêcheurs ou non, les poissons trophées ( sandre d’1 mètre ou brochet d’1m20 ), ne sont pas forcément les plus intéressants pour assurer la descendance. Même si la quantité d’oeufs des femelles augmente avec l’âge, leur qualité évolue dans le sens contraire pour arriver même à une infertilité de l’individu. Ainsi, protéger en priorité les plus gros spécimens ne semble pas une solution qui pourrait donner de bons résultats à long terme. ( Même si attention, le bilan serait mieux que celui d’aujourd’hui ! ).

Les brochets femelles par exemple se reproduisent à partir de leur troisième année d’existence. À ce stade, elle mesurent entre 50 et 60 cm, contrairement à 45 cm pour les brochets mâles ( aptes à 2 ans ). Ainsi, les brochets de plus de 60 cm entrent dans leur pleine période de reproducteurs efficaces et semblent être les individus ( de 60 à 90 cm ) à protéger ! Pour les sandres, on conservera les individus entre 50 et 80 cm. Attention, ces mesures là sont théoriques et doivent s’adapter aux conditions du milieu !

La maille inversée vise donc à protéger le poisson reproducteur et également les plus gros spécimens. Prenons l’exemple des brochets. Cette règlementation interdirait tout prélèvement d’individus supérieur à 60 cm et ainsi autoriserait le prélèvement de brochets inférieur à 60 cm.

Un principe qui peut surprendre mais qui avec un peu d’analyse semble tout à fait cohérent. Regardons la loi actuelle…  On nous autorise à conserver les brochets de plus de 50-60 cm ( cela dépend de la région ). Donc qui assure la continuité de l’espèce puisque les femelles ne sont fertiles qu’à partir de 60 cm ? Sur le long terme, il y aura certainement un réel déséquilibre !

 

Une solution pour l’avenir ?

 

En théorie, cette nouvelle loi permettrait  la conservation des meilleurs reproducteurs pour assurer une bonne dynamique de l’espèce  ainsi qu’une totale satisfaction des pêcheurs. En effet, avec cette règlementation, la moyenne ( en cm ) des brochets capturés augmenterait au plus grand plaisir des pêcheurs débutants et plus expérimentés.

 

Mais que dit cette loi sur le terrain ?

 

Se calquer sur la sélection naturelle

 

En fait, le principe est assez simple et, me semble-t-il se rapproche  de sélection naturelle qui règne sur toutes espèces. Ainsi, sous l’effet de la compétition avec les autres individus et la pression exercée par les conditions du milieu certains individus survivent mieux que d’autres et laissent d’avantage de descendants. Les allèles qu’ils portent sont donc transmis de façon privilégiée à la génération suivante. La sélection naturelle accroît la fréquence de certains génotypes et adapte les organismes ( poissons ici ) à leur milieu au fils des générations. Prenons l’exemple des brochets.

Pas de chance pour ce brocheton !

Un brocheton dans le bec d’un grèbe huppé !

Les brochetons d’un centimètre jusqu’à 40-50 centimètres sont très vulnérables. Notamment aux attaques sous l’eau ( sandre, silure, serpent et même brochet ) mais également aux attaques du ciel ( cormorans, goélands comme au Lac Du Salagou ). De plus, les plus gros spécimens, outre le fait qu’ils sont prisés par tout pêcheur en tant que poissons trophées, ne peuvent plus assumer leur rôle de reproducteur efficace et comme tout être vivant finissent par mourir !

Ainsi, sur un lac ou plan d’eau dépourvu d’activité humaine, se sont les brochets de taille moyenne ( 50-80 cm ) qui représentent la population reproductrice et assurent la survie de l’espèce. On peut raisonner de la même manière pour tous les carnassiers comme le sandre ou encore le Black Bass !

Le but de la maille inversée est alors de se rapprocher des prélèvements naturels que subit une rivière/plan d’eau en temps normal.

De ce fait, la mise en place d’une maille raisonné en totale symbiose avec cette sélection naturelle semble être une solution d’avenir. En effet, seuls les brochets inférieur à 60 cm et supérieur à 90 cm pourraient être prélevés ! C’est également une réglementation envisageable…

Oui mais, si l’on prélève les brochetons, qui seront les futurs reproducteurs ? C’est une bonne question, mais laissez moi vous montrer une image qui montre les résultats de l’application de cette maille inversée sur le long terme. Une image intéressante tirée du forum Carnalor.

 

Les résultats attendus sur le long terme

 

Je vous laisse prendre connaissance du document suivant !

 

maille inversée pêche brochet

Les avantages de la maille inversée. Tirée du forum Carnalor.

Bilan :

  • La première pyramide nous montre la concentration de brochets en fonction de la tranche de taille sans interventions humaines. Ainsi, on s’aperçoit que les brochetons sont présents en masse et que, plus la taille augmente, plus les brochets se font rares !
  • La deuxième pyramide nous présente simplement le résultat de notre réglementation actuelle. Comment voulez vous sortir de l’eau à chaque sortie des brochets de plus de 70-80 cm avec une loi pareille… Les reproducteurs ne sont pas protégés, et donc leur population diminue considérablement.
  • La dernière pyramide montre les intérêts de ne capturer que les poissons de moins de 65 cm. Vous voyez les résultats comme moi ! Les poissons en bleu représentent les poissons en plus ! C’est un bilan bien différent que celui d’aujourd’hui.

Et puis, un peu de logique. Je ne vois aucun problème à ramener son poisson à la maison. Mais pourquoi manger un brochet de 90 cm vieux et gras ? Alors qu’un brochet d’une cinquantaine de centimètre est beaucoup plus fin et délicat ? Gustativement c’est bien différent. Si l’on souhaite impressionner notre famille et nos amis, inutile de ramener un beau spécimen pour finir dans le four. Une simple photo ou vidéo et ce trophée est gravé à jamais !

 

Les résultats à long terme de l’utilisation de cette maille inversée

 

Ainsi, on pourrait prélever les brochets de moins de 60 cm ! On peut trouver cela honteux mais finalement, c’est exactement ce qui se manifeste en pleine nature. La pression exercée par les pêcheurs aurait un impact non négligeable mais non menaçant pour la population de carnassiers. De plus, on observe depuis quelques années en France l’émergence du No-Kill. Qui consiste à relâcher le poisson directement après la capture, quelque soit sa taille. Ainsi, on aurait toujours la présence de poisson trophée malgré le fait qu’ils soient en faible quantité. Pour les brochetons, un prélèvement continu aurait un impact assez important sur leur population. Mais une bonne majorité d’entre eux représenteront les futurs reproducteurs grâce notamment à ce fameux No-kill !

Nous avons la chance de pouvoir voir les résultats très encourageants de pays voisins comme c’est le cas de l’Irlande. Un pays qui utilise le principe de la maille inversée. En effet, en Irlande, tous brochets de plus de 50 cm doit être remis à l’eau selon la loi sur le brochet de 2006. Autrement dit, c’est l’inverse de la règlementation française. On peut constater de magnifiques résultats en Irlande ! De si beaux résultats que ce pays est emblématique pour la pêche du brochet !! Donc oui ! C’est une solution qui marche si l’on s’en donne les moyens !

 

Les limites de cette maille inversée

 

Cette règlementation n’est pas si simple à mettre en place car elle nécessite une très bonne connaissance du milieu sur lequel elle va s’exercer. En effet, la population reproductrice peut être différente en fonction du milieu et de ses contraintes. Ce n’est donc pas une loi à mettre en place sur un coup de tête et sa mise en place nécessite une organisation stricte pour ne pas endommager d’avantage le site.

 

Il me semble difficile et laborieux d’arriver à de bons résultats en appliquant seulement ce principe de maille inversée. D’autres aménagements doivent avoir lieu comme la construction ou l’entretien de frayères assurant l’existence des générations futures.

Pour protéger ces frayères, l’existence de parcours No-Kill serait une excellente solution. Il serait même envisageable de protéger les zones de frayères reconnues en interdisant la pêche toute l’année.

Mais dans un premier temps, faire appliquer la loi actuelle serait déjà une belle réussite. Se faire contrôler 3 fois en 30 ans de pêche ou 0 pour ma part est simplement honteux ! On se demanderai même pourquoi on paye notre permis de pêche ! Commençons par les bases en contrôlant les pêcheurs et en sanctionnant les braconniers ! Croyez moi, à l’étranger les contrôles sont fréquents et les résultats s’en suivent ! La preuve, pour réellement pêcher, la France n’est pas le premier pays de destination …

 

Alors, dans un premier temps, effectuons les bons gestes et proposons de nouvelles solutions à nos fédérations de pêche ! Devant un constat alarmant, elle devrait avoir une prise de conscience … !

Il serait intéressant d’avoir votre avis pour que l’on puisse débattre sur le sujet ! Qu’en pensez vous ? Êtes vous d’accord avec mes propos ? S’il vous plait, faites preuve d’indulgence et de respect dans les commentaires. Chacun est libre d’avoir ses opinions et ses avis ! Alors on respecte !

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